HandicapS

         Le mot vient tout droit de l’anglais, « hand in cap », la main dans le chapeau. En 1820, il s’agissait d’un jeu de hasard dans lequel les joueurs disposaient leurs mises dans un chapeau. Le nom devient mot et, dans le domaine sportif, désigne la limitation volontaire des moyens de certains joueurs, afin de compenser un avantage naturel et ainsi assurer une égalité de chances (surcharge pondérale de certains chevaux par exemple). Enfin, il passe dans le domaine médical pour désigner les états incurables, par opposition aux maladies, qui sont réversibles.

          L’histoire de ce mot est donc marquée par une inversion troublante… et tragique : le terme est passé du jeu à la réalité ; de la tare volontaire à une déficience subie, une infirmité ; ce qui était calculé par l’homme est ensuite imposé par la nature ou le hasard, deux forces que notre civilisation met toute son énergie à réduire. Ce qui était destiné à garantir une égalité de chances est aujourd’hui la manifestation d’une inégalité trop visible.

          Et dans notre inconscient, ballotté dans nos peurs intimes, le concept subit toute une série de dangereux glissements : le handicap, c’est la privation, le manque, la déficience ; bien vite il devient défaut, tare, insuffisance ; enfin, il est perçu comme une malédiction, ou pire – mais cela, on le pense à peine – une punition, l’obscur tribut que payent certaines familles pour des fautes ancestrales. [...] lire la suite

Deuil et mélancolie

"L'ombre de l'objet est ainsi

tombée sur le moi."

En pleine guerre, alors que deux de ses fils sont sur le front et qu'il vient d'apprendre son cancer, Freud se penche sur le tableau de la mélancolie, reprenant les réflexions de Karl Abraham à partir de l'analyse du deuil.

Dans ce court essai, Freud néglige l'enquête historique sur ce fameux trouble de l'humeur, autrefois rapporté à la "bile noire", puis prenant, chez les romantiques, la forme du "mal du siècle" avant d'acquérir la densité existentielle du "spleen". Freud y voit une pathologie qu'il rapporte aux névroses narcissiques ou aux dépressions obsessionnelles. Au XXè la mélancolie se répand sous le nom de "dépression" puis elle est absorbée dans les "troubles anxieux".

Notes sur L'Ethique de la psychanalyse

(Lacan, Séminaire VII, 1959-60)

La psychanalyse a affaire avec l’éthique dans son sens le plus noble, car elle déploie l’interrogation de l’homme quant à sa propre action ainsi que la possibilité d’un idéal de conduite (idéal de l’amour, idéal d’authenticité, idéal de non-dépendance) ; en outre elle a d’emblée affaire à l’univers morbide de la faute, dans lequel est forcément pris l'être humain en tant qu'il parle.

Lacan relit Saint Paul : c'est d'un même mouvement que la loi produit et la faute et le désir : le commandement ("tu ne tueras pas") est un interdit qui justement, comme tel, fait « flamber » la Chose, un impossible horizon de jouissance, par quoi le désir devient désir de mort (je veux ce que je n’aurai jamais).

« Le pas fait au niveau du principe de plaisir, par Freud,

est de nous montrer qu’il n’y a pas de Souverain Bien, que le Souverain Bien qui est das Ding, qui est la mère, l’objet de l’inceste, est un bien interdit et qu’il n’y a pas d’autre bien.

Tel est le fondement renversé chez Freud de la loi morale. »

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